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Les fleuves

L’eau douce, c’est la vie. Mais le climat semble bouleverser les ordres établis. Les fleuves poursuivront-ils leur cours tranquille ?


Ce qu’il faut savoir sur… les fleuves

L’eau douce est essentielle à la vie et au développement des sociétés. Mais elle est répartie de manière très inégale sur la planète. Les lacs, fleuves et rivières, s’ils ne présentent qu’1 à 2 % de l’eau douce sur Terre, constitue la ressource en eau la plus facile d’accès pour les hommes.

Leur niveau d’eau dépend directement des pluies tombées sur le territoire qui les alimente, appelé leur « bassin versant ». C’est ainsi que l’Amazone en Amérique latine, de la même longueur que le Nil en Afrique – 6700 kilomètres –mais dont le bassin versant est deux fois plus grand et qui connaît des précipitations beaucoup plus abondantes, possède un débit 25 fois supérieur !

Les aménagements humains depuis presque 200 ans, mais aussi le changement climatique actuel, modifient en profondeur les cours d’eau. Les grands fleuves, tels que l’Amazone où le fleuve Congo en Afrique, les deux plus grands de la planète, sont directement impactés par les phénomènes extrêmes tels que les fortes pluies, les moussons, El Niño, les sécheresses…

Quel constat ?

D’après le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la température moyenne de la Terre a grimpé de 0,85 °C depuis 1880. Les conséquences de cette hausse du thermomètre sont multiples. Parmi elles, le changement de régime des pluies : les événements météorologiques extrêmes, qu’il s’agisse de fortes précipitations ou de sécheresses, sont de plus en plus fréquents. Pratiquement tous les grands bassins fluviaux du monde sont concernés, en régions tropicales comme tempérées, avec des crues et des périodes de basses eaux (appelé « étiages ») de plus en plus sévères et de plus en plus fréquentes.

C’est le cas en particulier de l’Amazone, le plus grand fleuve du monde. Les scientifiques, ayant reconstruit ses niveaux d’eau sur un siècle, ont mis en évidence ses crues et étiages exceptionnels depuis une trentaine d’années. Sur ces dernières années, ils ont enregistré deux « crues records » au regard de l’histoire récente du fleuve : en 2009, puis 2012.

Les chercheurs ont révélé que ces phénomènes sont principalement liés à l’influence des phénomènes climatiques dans les océans Pacifique et Atlantique, de part et d’autre du continent sud-américain. Mais ils sont amplifiés par des facteurs locaux comme la déforestation, qui augmentent le ruissellement en période de pluies et réduit l’humidité en période de sécheresse, du fait de la destruction du couvert végétal, source de vapeur d’eau via l’évapotranspiration.

Deuxième fleuve de la planète après l’Amazone, le Congo a aussi connu une importante instabilité de son débit. Au début des années 1980, le fleuve a enregistré une baisse significative de son régime de l’ordre de 10%. Mais à partir de 1990, ce dernier présente en moyenne un retour à la normale.

Les chercheurs veillent…

Les chercheurs suivent en permanence le débit de l’Amazone et de ses affluents, grâce à des courantomètres embarqués sur des bateaux, ainsi qu’à des réseaux de stations hydrométriques qui mesurent la hauteur d’eau. Ces données, complétées depuis 2002 par des mesures satellites, permettent d’estimer le niveau des fleuves depuis le ciel, mais aussi le niveau des eaux souterraines, notamment en période de sécheresse.

Les scientifiques ont ainsi reconstruit les niveaux du fleuve Amazone sur un siècle, mettant en évidence l’augmentation des phénomènes extrêmes, depuis une trentaine d’années.
En savoir plus :www.ird.fr/climat

Dans le bassin du Congo, les scientifiques utilisent les données satellites pour mieux suivre les variations du niveau du fleuve. En effet, l’hydrologie de ce bassin fluvial est très complexe et les mesures disponibles dans la région peu nombreuses...
En savoir plus :voir page d'ESPACE-DEV sur www.ird.fr

Quel impact sur… les populations riveraines ?

Ces événements extrêmes ont des impacts locaux majeurs. La hauteur de l’Amazone et de ses affluents peut varier de plus de 20 mètres entre les périodes de basses eaux et de crues. Et la largeur de l’Amazone peut atteindre 10 kilomètres lors des inondations les plus sévères.
Lors de ces épisodes, les populations riveraines se voient privés de leurs ressources habituelles, en particulier celles issues de la pêche et de l’agriculture.

Au Brésil par exemple, les transports le long des cours d’eau, unique voie de communication pour la plus grande partie des habitants de l’Amazonie, peuvent être profondément perturbés. Ainsi, quand le fleuve est au plus haut, les riverains, peuvent se voir éloignés de plusieurs kilomètres. Et lors de sécheresse prolongées, ils peuvent être coupés de l'extérieur pendant plusieurs mois consécutifs…

Ces grands fleuves sont aussi une source importante d’énergie dans les régions qu’ils traversent. L’Amazonie est un lieu privilégié pour l’expansion de grands barrages hydroélectriques destinés à l’approvisionnement en énergie des grandes industries régionales, ainsi qu’aux villes. Les fortes fluctuations des fleuves font craindre que la capacité des barrages ait été mal dimensionnée…

Plus grave encore, les inondations peuvent avoir des conséquences mortelles. De nombreux centres urbains sont souvent sinistrés. En 2014, la Bolivie compte 56 morts et 58 000 familles touchées par les crues catastrophiques du Rio Madeira, l’un des plus grands affluents de l’Amazone. Le gouvernement bolivien l’a considérée comme l’inondation la plus catastrophique depuis 30 ans.

En Afrique, le bassin du Congo enregistre quant à lui une baisse continue de son niveau de basses eaux depuis les années 1970. Or, le fleuve Congo et son principal affluent, l’Oubangui, sont des voies commerciales majeures, reliant Bangui, la capitale de Centrafrique, aux villes de Kinshasa et Brazzaville, respectivement en république du Congo et en république démocratique du Congo (RDC). Les jours d’arrêt de la navigation sur l’Oubangui ont considérablement augmenté ces dernières décennies, jusqu’à 200 jours par an depuis 2002.

Enfin, la biodiversité de ces cours d’eau est également menacée. L’Amazone et ses affluents hébergent près de 20 % des espèces de poissons d’eau douce de la planète, dont les célèbres piranhas, les anguilles électriques ou les poissons-chats géants. Si les taux d’extinction chez ces poissons sont essentiellement provoqués par les activités humaines, le stress lié à la température et la limitation de l’oxygène pourrait produire des changements progressifs dans la structure et la composition des communautés actuelles de poissons. En Amazonie par exemple, les populations d’espèces tolérantes à l’augmentation de température, comme le Paiche, devraient s’accroître, tandis ce que les populations d’espèces sensibles à cette augmentation diminueront.

Les chercheurs veillent…

Les scientifiques étudient, à travers une approche multidisciplinaire, l’origine, le rôle et les mécanismes de l’évolution de la biodiversité aquatique et tentent de prédire ses réponses vis-à-vis des changements globaux, anthropiques et climatiques.
En savoir plus :page de BOREA sur www.ird.fr



Crédits photos : © IRD / J-M Martinez ; A. Laraque ; J-L Guyot ; B. de Mérona ; B. Le Ru ; J. Nunez ; © naturexpose.com /O.Dangles et F. Nowicki

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