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Les forêts

On dit souvent que les forêts sont le « poumon » de la planète. Que sait-on exactement de leur rôle sur le climat ?


Ce qu’il faut savoir sur… les forêts

Les forêts sont l’un des quatre grands « réservoirs naturels » de carbone de la planète, avec les océans, les sols et l’atmosphère. Elles régulent ainsi le dioxyde de carbone (CO2), ou gaz carbonique, contenu dans l’atmosphère.

Les forêts tropicales humides en particulier jouent un rôle de « puits » de carbone, du fait de leur végétation luxuriante et de leur étendue. Les forêts amazonienne, du bassin du Congo et d’Asie du Sud-Est, représentent presqu’un tiers des massifs forestiers de la planète.

Par ailleurs, elles fournissent du bois, des fruits, du gibier et aux autres ressources variées et essentielles pour plusieurs centaines de millions de personnes dans les pays du Sud.

Quel constat ?

Plus que d’autres milieux, les forêts tropicales humides sont indissociables pour les scientifiques de la question climatique.
De fait, à travers leur rôle central dans le « cycle du carbone », elles permettent de lutter contre le réchauffement planétaire, causé par l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Elles sont susceptibles de réduire la concentration de l’un de ces principaux gaz : le dioxyde de carbone (CO2), ou gaz carbonique. En effet, les arbres, grâce à l’énergie solaire, fabriquent de la matière organique pour leur croissance, à partir d’eau et du gaz carbonique de l’air. C’est le processus dit de «photosynthèse».

Les spécialistes estiment qu’ainsi, les forêts absorberaient environ 15 % des émissions de gaz carbonique dues aux activités humaines – utilisation de combustibles fossiles (charbon, gaz, pétrole) pour le transport et la production d’énergie, l’incinération des déchets, etc.
Les forêts stockent alors ce carbone dans les troncs, branches et les racines des arbres, mais aussi par les débris végétaux en sous-bois, la matière organique des sols, etc. Les chercheurs parlent ainsi de « puits » de carbone. Selon eux, les forêts représentent un quart du carbone de la biosphère de la planète !

Le changement climatique pourrait modifier le fonctionnement de ce réservoir naturel de carbone. En effet, certaines études avancent que, si la température s’élève de quelques dixièmes de degrés, les rejets de CO2 dans l’air par la « respiration » des racines des arbres, du sol et de la faune du sol pourraient augmenter – tout au moins dans certaines régions du globe. Ce qui annulerait la fonction de « puits » de carbone de la forêt. Mais cette question fait encore l’objet d’un intense débat au sein de la communauté scientifique...

Localement, les scientifiques ont également montré l’influence très importante des forêts sur la météorologie régionale. Le couvert forestier absorbe la radiation solaire. L’évapotranspiration de la végétation refroidit l’air et est source de vapeur d’eau pour la formation des nuages… En Amazonie par exemple, ce rôle est bien observé. Les spécialistes y estiment qu’environ la moitié des précipitations enregistrées proviennent de l’évapotranspiration des arbres de la forêt tropicale humide.

Les chercheurs veillent…

De nombreux scientifiques s’intéressent à la biomasse – ensemble de la matière organique végétale et animale – présente dans les forêts tropicales, pour mieux évaluer la contribution de la déforestation aux émissions globales de gaz à effet de serre, mais aussi la capacité de stockage de carbone des forêts. Les chercheurs procèdent à ces estimations grâce à des mesures simples sur le terrain, comme le diamètre du tronc des arbres, réalisées lors d’inventaires forestiers, couplés à des images aériennes et satellitaires. Ils utilisent également depuis quelques années une technique laser, ou LIDAR, qui permet d’évaluer indirectement la biomasse sur pied. La disponibilité croissante des images satellites à très haute résolution spatiale offre aussi de nouvelles solutions aux chercheurs pour évaluer la biomasse des forêts.
En savoir plus :page d'AMAP sur www.ird.fr

Depuis une vingtaine d’années, les scientifiques étudient également l’évolution au cours des derniers millénaires de la forêt tropicale dans les bassins de l’Amazonie et du Congo, et quel rôle a joué le climat par le passé dans cette évolution.

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les forêts tropicales pourraient être plus sensibles aux variations climatiques que les forêts tempérées.

Le changement climatique entraîne notamment la recrudescence des feux de forêt. En effet, l’élévation de température atmosphérique et l’augmentation des sécheresses accentuent le risque d’embrasement de la végétation, en particulier dans les massifs forestiers dégradés, comme dans le pourtour sud-est de l’Amazonie très déboisé.

Aux effets du changement climatique, s’ajoute en effet la déforestation par l’action de l’homme. Malgré un ralentissement ces dernières années, la déforestation a encore de beaux jours devant elle. Elle reste un moteur économique pour des pays émergents comme le Brésil et l’Indonésie, répondant à une demande mondiale croissante en produits agricoles ou issus de la forêt. Les  massifs forestiers représentent pour ces pays une manne pour l’extension des cultures telles que le soja, le maïs, le palmier à huile, la canne à sucre, ou pour l’élevage de bovins.

Or, la disparition d’une partie du « poumon vert » de la planète que représentent les forêts tropicales humides risque d’augmenter la concentration en CO2 de l’atmosphère à l’échelle du globe. L’effet de la déforestation est double. D’une part, en supprimant les arbres, elle élimine le potentiel de « puits » de carbone de la forêt. D’autre part, la combustion des arbres pour défricher les parcelles émet du gaz carbonique dans l’atmosphère.

Les experts considèrent ainsi la déforestation comme une source nette d’émissions de gaz à effet de serre. Le Giec affirme que la disparition de plusieurs millions d'hectares de forêts tropicales en Amazonie et en Asie du Sud-Est constituerait, depuis les années 1980, la plus grosse part des émissions de CO2 : elle a été reconnue comme responsable de presque un quart des émissions issues des activités humaines au cours de la dernière décennie. La déforestation des forêts tropicales africaines pèse en revanche relativement peu dans la balance, comparée à celle d’Amérique du Sud et d’Asie du Sud-Est.

Les forêts tropicales humides constituent aussi un grand réservoir de la biodiversité mondiale. La diversité des espèces vivant dans la forêt amazonienne est l’une des plus élevées de toutes les terres émergées. La faune et la flore exceptionnelles du bassin amazonien seraient aussi le fruit d’une longue histoire géologique et climatique, la région ayant été préservée au cours des ères glaciaires. La tectonique active de la cordillère des Andes et la variabilité des précipitations seraient le moteur du développement des « hot-spots » de biodiversité d’après les spécialistes. Les effets conjugués du changement climatique et de la déforestation mettent en péril cette biodiversité unique.

Protéger les forêts (notamment tropicales) est devenu un enjeu dans la lutte contre le réchauffement climatique. De plus, les politiques de reboisement sont désormais intégrées dans les protocoles internationaux.



Crédits photos : © IRD / D. Sabatier ; © naturexpose.com/O.Dangles et F. Nowicki ; © IRD / J-C Pintaud ; N. Barbier ; M-N Favier ; B. Osès ; F. Kahn 

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