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Thierry Lebel

Hydro-météorologue


Zone(s) géographique(s) :

Afrique de l'Ouest, régions montagneuses (Alpes)


Mon parcours :

J'ai débuté ma carrière scientifique à l’IRD en 1985, en tant que Chargé de recherche. Docteur en hydrométéorologie, je me suis rapidement consacré à l’étude de la variabilité climatique et à son impact sur le cycle hydrologique et les ressources en eau dans la zone intertropicale, et particulièrement en Afrique de l’Ouest. Après avoir crée une cellule de modélisation au sein du laboratoire d’hydrologie de l’IRD à Montpellier, j'ai mis en place le programme international HAPEX-Sahel. Mené principalement au Niger, ce programme a permis d’améliorer les modèles de prévision du climat. Parallèlement, mon travail d’observation et de modélisation a débouché sur la mise en place d’un Observatoire de Recherche en Environnement (ORE) puis du programme international AMMA, mis en place à partir de 2002. Mobilisant plusieurs centaines de scientifiques à travers le monde (hydrologues, océanographes, météorologues…), ce programme a permis d’améliorer considérablement la compréhension de la mousson ouest-africaine.

Directeur de recherche depuis 1996, je dirige depuis 2007 le Laboratoire d’étude des transferts en hydrologie et environnement (LTHE) à Grenoble. Je suis par ailleurs très impliqué dans la formation et la mobilisation des scientifiques africains, en vue de leur insertion dans la communauté scientifique internationale. Enfin, j'ai reçu, en 2005, le Prix Adrien Constantin de Magny de l’Académie des Sciences et la médaille d'argent du CNRS en 2010 pour mes travaux dans le cadre du programme AMMA.

Mon sujet d'étude :

L’impact de la variabilité climatique sur le cycle de l’eau et les ressources hydriques.


A propos de moi...

Pour quelle(s) raison(s) ai-je choisi ce métier ?

Je n'avais pas une vocation innée pour ce métier, mais très tôt j'ai aimé les mathématiques et la physique. Enfant des villes, la nature a toujours représenté une source d'émerveillement et de questionnement. J'étais en particulier fasciné par le le mouvement perpétuel de l'eau, le mystère de la pluie, la puissance des torrents, la beauté figée des glaciers. Il n'en a donc pas fallu beaucoup pour que je découvre à l'occasion d'un stage d'ingénieur qu'il existait un drôle de métier qu'on appelait la "Recherche", où on était payé pour satisfaire sa curiosité naturelle. Le mal était fait.

J’aime / Je n’aime pas :

J'aime me poser des questions, essayer d'y répondre, discuter avec des collègues d'hypothèses plus ou moins farfelues. Admirer une idée neuve formulée par un collègue et qui s'impose comme une évidence. Imaginer que la curiosité scientifique peut encore contribuer à bâtir un monde meilleur et plus juste. Continuer à découvrir des milieux inconnus (de moi) et revisiter les montagnes, où ma vocation pour la recherche a pris sa source.
Je n'aime pas l'intolérance, les idées toutes faites, la manipulation intellectuelle.

Qu’est-ce que je fais quand je ne cherche pas ?

Comme disait Edison, "99% de transpiration, 1% d'inspiration". Même au laboratoire on ne fait pas que de la recherche. On doit chercher des financements, organiser des campagnes de terrain, contribuer à l'administration du système de recherche. Je pratique très régulièrement des activités de plein air, qui me permettent de décompresser. Mais la lecture ou le partage avec ma famille et avec mes amis de ma passion pour les milieux naturels sont des plaisirs dont je ne me lasse pas.

Si j'étais quelqu'un ou quelque chose d'autre ?
Cette question atteint les limites de mon imagination...

Posez
vos questions !


Du Rio 1992 à Marrakech 2016, quelles réalisations en termes d'atténuation et d'adaptation aux changements climatiques?

Thierry Lebel

13/05/2016

Beaucoup de choses ont été réalisées en 25 ans pour atténuer l'empreinte des activités humaines sur le climat. Les entreprises ont considérablement amélioré leurs process de production, divisant parfois par un facteur 2 ou 3 la quantité de gaz à effet de serre émise par tonne de produit fini. Certains états ont beaucoup investi dans les énergies renouvelables, qui ont connu une progression spectaculaire. On a également essayé, avec un succès assez faible jusqu'à aujourd'hui, de mettre en place des outils de régulation économique, tels que la taxe carbone. Tout ceci n'a cependant pas encore permis de renverser la tendance et la teneur en gaz à effet de serre continue à augmenter, ce qui oblige à raisonner aussi en termes d'adaptation : modification des cultures, rehaussement des barrages pour stocker l'eau de fonte des glaciers et faire face à des précipitations et crues plus intenses, surélévation des digues dans les pays de polders et les zones littorales pour se protéger de la hausse du niveau des mers, déplacement de certaines industries vers des régions au climat plus frais, émergence d'une nouvelle architecture prenant mieux en compte les contraintes climatiques. Mais on ne peut pas s'adapter à tout et la lutte contre les causes même du réchauffement climatique doit demeurer une priorité.


Comment pouvons-nous éviter les changements climatiques entre nous les humains?

Thierry Lebel

25/03/2016

Le réchauffement climatique est dû à l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère et notamment de la concentration en CO2. Cette accumulation du CO2 résulte du fait que les grandes économies mondiales ont construit un modèle de développement bâti sur les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) dont l'extraction est relativement peu coûteuse au regard de leur pouvoir énergétique et de leur souplesse d'utilisation. De plus, comme l'accès à l'énergie est stratégique pour les états, l'extraction et/ou la consommation de carburants fossiles ont de tout temps été subventionnées un peu partout dans le monde, ce qui a généré une propension au gaspillage tout au long de la chaîne allant de la production à la consommation.

Pour mettre fin à l'emballement de l'utilisation des carburants fossiles, les gouvernements doivent mettre en place des politiques cohérentes et durables pour que les carburants fossiles soient facturés à un juste prix, incluant leur impact climatique et environnemental à long terme; et les citoyens doivent de leur coté modifier leurs habitudes de consommations et de gaspillages. De nombreuses initiatives existent en ce sens: promotion des circuits courts, investissement dans les énergies renouvelables, recyclage, révision des modes de transport. A coté des gouvernements, chaque être humain peut donc être acteur de la lutte contre le changement climatique.

La COP21 a-t-elle été une réussite?

Thierry Lebel

08/01/2016

Dans un monde aussi fracturé que celui dans lequel nous vivons aujourd’hui, le simple fait que 195 pays puissent signer un accord les engageant sur la durée est remarquable en soi. Et c’est ce qui s’est passé le samedi 12 décembre à l’issu des 15 jours de négociations de la COP21. Mais tous les éléments qui ont fait que cet accord a pu être accepté par un aussi vaste cortège de pays sont précisément ceux qui pourraient le rendre inopérant. On a en effet à faire à un catalogue de bonnes intentions plutôt que d’engagements précis, et aucun outil crédible n’est encore prévu pour surveiller et faire respecter ces bonnes intentions...

Quelles mesures prévoit l'accord de Paris 2015 pour réduire les émissions de CO2?

Thierry Lebel

08/01/2016

Pour contourner la difficulté de créer des mécanismes contraignants de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES), sur le modèle de ce qui avait été prévu à Kyoto en 1997, l’accord de Paris repose sur les engagements volontaires de chaque pays pour limiter ses émissions, avec l’espoir que tous les 5 ans ces engagements seront revus à la hausse pour se rapprocher d’une trajectoire nous amenant sous  les 2°C de réchauffement global (et même moins si on en croit les vœux affichés dans le texte). Actuellement, la trajectoire constituée par l’agrégation des engagements individuels nous emmène plutôt vers 3°C. Et encore, toutes les émissions n’étant pas comptabilisées, ce chiffre de 3°C est au mieux un plancher...

Vu sous cet angle, cet accord constitue moins une solution qu’un effort destiné à mettre en place une structuration et des mécanismes d’encouragement pour contrôler les émissions. En étant optimiste, on peut imaginer que sous la pression de leurs pairs, tous les pays seront incités à se montrer toujours plus vertueux, chaque cycle de négociations débouchant sur des engagements plus ambitieux. Les pays manquant à l’appel seraient montrés du doigt (ce que les anglo-saxons nomment "name and shame"), comme l’a été la Chine après Copenhague, ce qui l’a amenée, entre autres, à se placer désormais clairement dans le rang des pays militant pour un accord – et ceci même si la dégradation dramatique de l’environnement en Chine et la pression de l’opinion qui en a résultée – est certainement le moteur le plus puissant de l’engagement chinois en faveur de la réduction des émissions.

Au lendemain de la COP21, quelles sont les suites à donner ?

Thierry Lebel

08/01/2016

En cette fin d’une année qui s’annonce comme la plus chaude qu’ait connue la planète depuis que l’homme y a fait son apparition, l’enjeu majeur n’est plus de convaincre de la réalité du réchauffement, mais bien plutôt d’accompagner les décideurs dans la définition de politiques ambitieuses de réduction des émissions et d’adaptation. Pour les scientifiques de l’IRD, dont certains ont investi dès les années 1980 dans les grands programmes de recherche internationaux sur le climat, l’enjeu est de continuer à fournir tous les éléments pertinents concernant la trajectoire du réchauffement climatique en zone intertropicale, notamment à travers les dispositifs d’observations spécifiques qu’ils ont installés dans des régions particulièrement vulnérables. Les informations recueillies continueront ainsi à alimenter la communauté scientifique en données de grande valeur pour la compréhension des impacts du changement climatique et pour la mise au point de mesures d’adaptation appropriées.


Est-il possible d’arrêter le changement climatique ?

Thierry Lebel

27/11/2015

Selon les scénarios les plus optimistes, si les émissions de CO2 baissent dès à présent de 3 % par an, une lente décroissance des températures atmosphériques pourrait s'amorcer dès le milieu du 21e siècle, permettant ainsi de limiter le réchauffement à +2 °C. Mais les émissions de CO2 n'ont cessé d'augmenter de plus en plus rapidement au cours des deux dernières décennies... Seules des mesures énergiques prises dès aujourd'hui pourraient permettre d'inverser la tendance.

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